les bronzés font du bife

by clitoris petite annee de la marchandise

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mentalité pirate.

1. La monétarisation est un des traits spécifiques des sociétés modernes, et marque une rupture nette avec le système féodal. Son influence s’évalue pour le sociologue en terme d’émergence de nouveaux types de personnalités et de socialités : la socialité marchande tout comme les figures de l’avare, du prodigue et du blasé en sont de bons exemples[4].

1.1. La caractéristique première de la monétarisation est d’instaurer partout la médiation de l’argent, dans les relations de sujet(s) à objet(s) et de sujet(s) à co-sujet(s) : la possibilité à tout moment de voir ses biens transmutés en argent induit un relatif détachement du sujet vis à vis de l’objet ; qui plus est, l’argent rend possible l’exercice du droit de propriété sur des biens très éloignés géographiquement[5]. Par ailleurs, l’essor d’interactions sociales prenant la “forme” monnaie (la rémunération du travail en argent et non en nature, ou la possibilité d’appartenir à un collectif sur la base d’une cotisation financière, par exemple) implique le croisement des cercles sociaux, ainsi qu’une profonde modification des sentiments d’obligation et de responsabilité. Les individus accroissent le réseau des dépendances qui les lient à autrui, tout en réduisant leur sentiment de dépendance envers chacune des personnes prises individuellement ; ils passent d’un fort sentiment d’obligation envers une seule personne (le seigneur) ou un seul groupe (la bourgade) vers un sentiment faible d’obligation envers une multitude de personnes et de groupes.

1.1.1. La médiation de l’argent implique une dépersonnalisation de l’agir économique ainsi que l’éclatement de l’unité personnalité-appartenance-propriété, typique de la société féodale : cette dépersonnalisation agit comme un facteur de délivrance pour les acteurs. En dépouillant l’échange de tout ce qu’il a de proprement personnel, il met de fait tous les échangistes sur un pied d’égalité. L’acquisition d’un bien ou d’un service n’est alors plus conditionnée, comme c’est le cas dans une économie de troc, par la possession du bien ou du service susceptible d’être offert en contrepartie, ni par la possession de certains attributs personnels ou par l’appartenance à un groupe particulier, comme c’est le cas dans la société féodale ; il suffit d’avoir en sa possession la somme requise.

1.2. Cette médiation induit une double dialectique, dont la première est caractérisée par le couple séparation-unification et la seconde par l’opposition aliénation-libération : les points précédemment abordés nous ont mené à développer en priorité les aspects libérateur et séparateur de l’économie monétaire, l’aliénation et l’unification seront traitées aux points 2 et 3.

2. L’argent, en plaçant tous les objets dans un rapport de commune dénomination, gomme entre ceux-ci les différences de nature au profit d’une simple différence de degrés : la mise en relation implicite des biens sur le plan de la valeur d’échange rend possible, par exemple, la conversion d’un tableau de Rembrandt en un nombre indéterminé (mais déterminable) de paires de chaussettes.

2.1. L’argent induit un nivellement de la réalité en l’unifiant sous le principe de la valeur d’échange et de l’intérêt stricto-sensu des acteurs : il gomme les différences sur le plan objectal des biens et prestations ainsi que sur le plan “subjectal” des opinions et préférences en érigeant la quête d’argent comme fin possible de l’association. Quelques soient leurs divergences, les individus tombent toujours d’accord en ce qui concerne leur intérêt financier.

2.1.1 L’argent est le “coincidentia oppositorum” de notre ère : En lui s’annule les conflits. Les acteurs ne s’associent jamais aussi efficacement que pour l’acquisition des moyens.

2.1.2 Ce nivellement entraîne une perte du sens des réalités qualitatives, et un profond désarroi quand au rapprochement possible entre ce qu’on estime être le plus noble (une oeuvre d’art, une idée, une vie ou un préjudice moral) et de plus vulgaire (une enchère, un brevet, une amende) : puisque tout s’achète, rien n’a de valeur.

2.2. L’existence de cette commune dénomination tend à dissiper l’appréciation que les agents ont de la valeur d’usage des biens, pour se focaliser progressivement et exclusivement sur leur valeur d’échange : dans ce référentiel, qui tend à dominer tous les autres, l’univers des valeurs non-exprimables en argent perd peu à peu de sa réalité pour les acteurs ; il leur semble, stricto-sensu, moins objectif que l’autre. En conséquence, la raison tend à contracter une sorte d’incompétence en matière de délibération morale, de hiérarchisation des valeurs, au profit d’un abandon complet en faveur de l’échelle linéaire des valeurs d’échanges.

2.3. L’apparition d’un domaine d’objets et de prestations que l’argent ne peut acheter ou racheter, est une conséquence logique du processus de marchandisation du monde : De par son statut d’équivalent universel, l’argent perd le pouvoir d’équivaloir pour certains biens ou prestations spécifiques. Ainsi l’amour, la confiance, les diplômes, le droit d’exercer une responsabilité tout comme le droit au crime ne sont (en principe) pas des choses qu’il est possible de négocier contre de l’argent dans nos sociétés modernes. Tout se passe comme si ces biens et prestations ne pouvaient préserver leur valeur spécifique qu’en récusant toute équivalence avec l’argent.

3. L’argent, du statut de pur moyen qu’il est, est progressivement appréhendé comme moyen absolu, puis comme une fin en soi : dans tous ses raisonnements visant la réalisation d’une fin, l’homme envisage une “série téléologique” qui lui est propre. Il s’agit de l’enchaînement des moyens adaptés et socialement admis qu’il lui faut mettre bout à bout afin d’atteindre son objectif. L’argent occupant une place de choix parmi tous les moyens possibles, de par le fait qu’il est lui-même un moyen d’acquérir tous les autres, il n’est pas étonnant que son acquisition soit progressivement érigée comme une fin.

3.1. La focalisation de la pensée sur l’acquisition d’argent, hors de toute considération finaliste, s’explique par le caractère limité de la raison humaine et par l’économie psychique que représente en elle-même cette focalisation : comme toute interrogation sur la finalité d’une action mène à une régression à l’infini, et en vertu de sa finitude théorique, il est nécessaire pour l’esprit humain de s’arrêter à l’une des étapes de la série téléologique (sans quoi il s’épuiserait psychiquement dans cette régression et ne pourrait pas agir). Cette étape est alors désignée comme visée de son action (visée sans laquelle l’action n’aurait aucun sens pour le sujet lui-même). Il est notoire que cette visée, ou fin provisoire, n’est elle-même qu’un moyen pour atteindre une autre fin. Et ceci indéfiniment.

3.1.1. Quoiqu’inévitable, cette focalisation détourne l’homme des questions réellement importantes, celles de sa destinée individuelle et collective : c’est ainsi que se venge, en quelque sorte, la signification bafouée des valeurs non-monétaires, “à travers ces sentiments lourds tellement modernes : le coeur et le sens de la vie ne cesse de nous glisser entre les doigts, les satisfactions définitives deviennent de plus en plus rares, tous ces efforts et cette agitation ne valent en réalité pas la peine.”[6]

3.2. L’argent est le Dieu de notre époque : cette métaphore pointe la similitude des croyances et des attitudes suscitées par l’argent et par l’idée de Dieu et résume la position de Simmel en une formule. Tous deux ont, en effet, la capacité d’unir en eux les diversités et les contradictions du monde, de fédérer les hommes, de procurer confiance, paix, sécurité et élévation au dessus du particulier.

credits

released April 18, 2015

Tout le biff que produira cet EP sera reversé à l'Algerino

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